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Former à distance les soignants en unité protégée à gérer le stress semble faisable et pertinent

Photo : Shutterstock / Krakenimages.com

C'est le résultat préliminaire d'une étude menée par Clariane, dévoilé à Gerontonews par Nelly Heraud, directrice de la recherche au sein du groupe.

Le groupe commercial d'Ehpad Clariane dispose d'une direction "scientifique et recherche" qui mène des études. En lien avec la direction médicale France, elle s'est penchée sur la gestion du stress des soignants en maisons de retraite médicalisées.

En établissement, et singulièrement en unité protégée, ces professionnels "sont exposés au stress, qui s'explique notamment par la prévalence élevée de troubles neurocognitifs majeurs chez les résidents, entraînant régulièrement des comportements agressifs physiques et verbaux", a souligné Nelly Heraud, directrice de la recherche de Clariane, cet été auprès de Gerontonews.

Clariane a donc étudié le potentiel d'une formation en distanciel visant à diminuer ce stress.

Dans un document de synthèse transmis à Gerontonews, sont identifiés quatre facteurs de stress spécifiques en Ehpad : "la complexité" des résidents accompagnés, "la charge de travail souvent trop importante" comparée au manque de personnel, "le sentiment de responsabilité" et enfin "le manque de reconnaissance".

Un vrai cercle vicieux : le stress du soignant peut à son tour avoir un impact sur l'agitation des résidents.

Aux yeux du groupe, la prévention d'un tel stress professionnel représente donc un triple enjeu : il s'agit à la fois de "réduire le risque des pathologies liées (maladies cardiovasculaires, dépression, burn-out…) et se prémunir contre des comportements inappropriés" mais aussi de réduire le risque de déclencher des troubles comportementaux chez les personnes accompagnées.

Clariane a fait le choix de "l'éducation à la gestion du stress", autrement dit de la formation, après avoir éliminé trois autres types d'interventions sur lesquelles le nombre d'études était limité et dont l'efficacité semblait modérée (thérapie de pleine conscience/yoga, massages et relaxation musculaire).

Pour évaluer "la faisabilité et la pertinence" d'une telle formation, les soignants de quatre Ehpad (deux dans les Yvelines, un dans l'Aude et un dans l'Hérault) ont été répartis en deux groupes dans le cadre d'une étude randomisée.

Un groupe expérimental a suivi une formation à la gestion du stress en classe virtuelle (par souci de réduction des coûts et pour faciliter un éventuel déploiement ensuite) durant dix heures, associée à des évaluations avant et après la formation (sur le stress, l'anxiété et la qualité de vie). Un groupe contrôle n'a effectué que les évaluations.

Parmi les critères d'inclusion, ils devaient avoir une activité de soin relationnel avec les résidents (infirmiers, aides-soignants et agents de service hôtelier), en unité protégée et, bien sûr, consentir à l'étude.

Dans les Ehpad du groupe expérimental, une formation de sept heures a été dispensée la première semaine, suivie de deux autres modules de 1h30 chacun en semaines 4 puis 8, et d'évaluations en semaine 12, sous forme d'entretiens semi-directifs auprès des soignants et de focus groupes auprès des cadres et des directeurs.

La formation était menée par un organisme certifié et notamment par une psychologue de la santé. Elle visait à "comprendre le stress pour mieux l'identifier", "savoir utiliser des techniques de régulation du stress dans sa pratique quotidienne" et à "optimiser son pouvoir d'agir pour prévenir les risques", dont les troubles anxieux et l'épuisement.

Les professionnels du groupe contrôle ont, eux, été évalués en semaines 1, 8 et 12.

La faisabilité et la pertinence de l'étude ont été mesurées à l'aide de critères quantitatifs (taux de participation à la formation et coûts) et qualitatifs (satisfaction et motivation, contraintes RH et organisationnelles).

Des soignants satisfaits "que l'on s'intéresse à eux"

Sur 41 professionnels éligibles, 30 ont finalement été inclus dans l'étude, et 21 ont participé jusqu'au bout. L'âge moyen était de 45,1 ans dans le groupe expérimental, avec une ancienneté de 9,2 ans dans le métier, 5,7 ans dans l'Ehpad et 3,8 ans en unité protégée (données peu ou prou comparables dans le groupe contrôle).

Le taux d'acceptation était de 71 % et celui de participation, de 73 %. Un bon taux, selon le groupe, dans la mesure où les soignants en Ehpad sont peu accoutumés aux formations devant un écran.

Auprès de Gerontonews, Nelly Heraud s'est félicitée d'un bon niveau d'engagement "dans la faisabilité et l'évaluation".

Elle a cité une satisfaction globale des soignants, montrant "une bonne appropriation des outils de gestion du stress, en regard du thème et du format choisis".

Autre remontée positive, le fait "d'avoir été sollicités [sur ce sujet], la considération et le fait que l'on s'intéresse à eux".

"Ce type de démarche a bien sa place parmi les soignants", conclut déjà la directrice de la recherche de Clariane, qui se réjouit aussi de l'efficacité d'une approche indirecte (s'occuper du stress des soignants pour traiter l'agitation des résidents).

Le groupe "va capitaliser sur les enseignements et les retours d'expérience" de cette étude "pour renforcer les plans et les méthodologies de formation en lien avec l'Université Clariane" lancée en 2023, a-t-elle fait savoir, comptant publier à court terme un article dans une revue scientifique.

Claire Beziau
APM News