Faire mieux sur la prévention, en lien avec le vieillissement de la population
Photo : Kamphi / Adobe Stock
Tant l'ex-ministre de la santé Agnès Buzyn que le gériatre Olivier Guérin ont proposé des pistes pour rendre le système français plus efficace, alors que le nombre de personnes atteintes de polypathologies chroniques augmente.
« Je ne suis pas sûre que la vraie prévention, c'est-à-dire celle qui évite aux gens d'avoir des pathologies chroniques, soit du ressort du système de santé », a affirmé Agnès Buzyn le 12 mars, à l'occasion des 34ᵉˢ journées de l'Association nationale des directeurs d'hôpital (ADH), à Paris.
L'ancienne ministre des solidarités et de la santé s'exprimait lors d'une conférence-débat sur le thème « Quel(s) projet(s) d'avenir pour l'hôpital et la santé en France à l'horizon 2050 ? ».
Elle a rappelé qu'il existait deux types de prévention : d'un côté, la prévention « médicalisée », qui regroupe notamment la politique vaccinale, les dépistages ou les actions permettant d'éviter un retour à l'hôpital ; de l'autre, la prévention « primaire », qui concerne la lutte contre la sédentarité, la mauvaise alimentation ou encore les addictions.
Selon Agnès Buzyn, la politique de prévention primaire ne peut pas relever uniquement du ministère de la santé. Elle estime qu'elle doit s'inscrire dans une politique publique interministérielle et intersectorielle, associant également les entreprises et les collectivités.
Considérant que le système de santé doit, lui, assurer une prévention davantage personnalisée, elle a appelé à définir plus clairement les rôles de chacun, les actions à financer et les dispositifs réellement efficaces.
Face à la progression des dépenses de santé, elle a plaidé pour faire de la prévention une grande cause nationale du prochain quinquennat.
Mise en garde contre le coût de la décentralisation
Tout en reconnaissant que la prévention doit aussi s'appuyer sur les territoires et les élus locaux, Agnès Buzyn a appelé à la prudence sur ce qui doit être délégué.
Elle a notamment mis en garde contre les effets possibles d'une trop forte décentralisation, qui pourrait conduire à un émiettement des moyens, à une compétition entre territoires et à une aggravation des inégalités.
Pour elle, l'organisation des soins primaires doit être pensée à l'échelle territoriale, mais dans un cadre conservant un regard national. Elle plaide ainsi pour une contractualisation avec les professionnels autour d'objectifs définis dans le cadre d'une grande loi de santé.
Agnès Buzyn estime par ailleurs que le système de santé n'est pas seulement en crise, mais qu'il doit surtout être adapté et profondément transformé.
Au regard du vieillissement de la population et de l'augmentation des maladies chroniques, elle appelle notamment à modifier l'organisation du système, en développant les maisons de santé pluriprofessionnelles afin de renforcer la coordination autour des patients âgés et chroniques.
Les CPTS, une « bonne idée »
Présent à la table ronde, le Pr Olivier Guérin, chef du pôle « réhabilitation, autonomie et vieillissement » du CHU de Nice et président du Conseil national professionnel de gériatrie, a insisté sur le lien direct entre vieillissement de la population et polypathologies chroniques.
Selon lui, les besoins de santé évoluent à une vitesse très rapide et nécessitent une restructuration profonde de l'offre de soins primaires.
La France peut notamment s'appuyer sur les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), qui visent à regrouper des professionnels du soin primaire et à territorialiser leur action.
Pour Olivier Guérin, cette restructuration territoriale est indispensable pour développer de véritables politiques de santé publique et articuler les parcours de prévention avec les parcours de soins.
Ces parcours doivent permettre de renforcer les préventions secondaire et tertiaire, d'éviter la décompensation des maladies chroniques et de prévenir la perte d'indépendance.
Il estime également nécessaire de positionner, dans ces structures de soins primaires, certaines spécialités en tension démographique : la gynécologie, la pédiatrie, la gériatrie et la psychiatrie.
Remise en cause du paiement à l'acte
Olivier Guérin a également pointé la question du paiement à l'acte, qu'il juge peu adapté à la prise en charge des maladies chroniques.
Il a rappelé qu'une part majeure des dépenses de santé est aujourd'hui liée au soin chronique, alors que le paiement à l'acte a été conçu pour le soin aigu.
La complexité croissante des patients doit aussi conduire les hôpitaux à être plus performants et plus rapides, notamment dans la prise en charge des personnes âgées polypathologiques après un passage aux urgences.
Il plaide ainsi pour une réflexion sur la restructuration des grands plateaux de post-urgences, avec une compétence gériatrique renforcée et une meilleure mobilisation des spécialistes.
Marc Bourquin, de la Fédération hospitalière de France (FHF), a lui aussi souligné que les difficultés récurrentes observées lors des épidémies, notamment de grippe, relèvent moins d'un problème des urgences que d'un défaut global de prévention.
Il a appelé à mieux articuler les secteurs sanitaire et médico-social, notamment grâce aux équipes mobiles de gériatrie et de soins palliatifs, et à renforcer la médicalisation des Ehpad afin d'éviter des hospitalisations.
La FHF prévoit de présenter, lors du prochain salon Santexpo, une loi de programmation « grand âge ».
Sabine Neulat Isard
Gerontonews
